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Entretien consacré au royalisme

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Franck ABED JEAN D ORLEANS

Franck ABED LOUIS DE BOURBON

 

Ces questions ont été posées par les internautes. 

 

 

Etes-vous toujours royaliste au regard de la situation du pays ?

Tout d’abord, je ne suis pas royaliste en raison des circonstances ou du contexte politique. Je promeus le royalisme parce que l’analyse factuelle des différents systèmes politiques démontre qu’il reste – à ce jour – l’organisation politique la moins imparfaite ici-bas. J’ajoute également que l’histoire de notre pays rappelle les bienfaits de l’institution monarchique (1). Cette dernière a permis, année après année, d’unifier et de pacifier la France. Nonobstant, les épreuves très difficiles traversées par notre pays, les livres d’histoire – non déformés par l’idéologie – témoignent que le royalisme était, est et sera le meilleur rempart contre le parti de l’étranger et la désintégration de l’Etat.

Dans le même ordre d’idée, comment est-il encore possible de se définir démocrate ? Depuis l’Antiquité grecque, nous savons que la démocratie conduit inévitablement à la corruption, au mensonge et à la démagogie. Intrinsèquement, la démocratie nourrit les basses turpitudes humaines, car elle laisse croire que n’importe qui ou presque peut dormir à l’Elysée. En royauté, et cela reste un avantage philosophique et intellectuel indépassable, la première place ne peut être soumise à la compétition démocratique. Je trouve révoltant que très régulièrement nous assistions à des campagnes électorales au cours desquelles des candidats s’écharpent pour devenir Président de la République, maires ou députés. Ils sont prêts à toutes les bassesses pour y arriver, quitte à mentir, tricher ou voler comme nous le démontre chaque jour l’actualité la plus récente. Et je n’évoque pas ici les millions dépensés inutilement en communication et autres techniques de marketing

Concrètement, le royalisme ne doit pas être compris comme une solution de secours ou comme un remède aux différents maux que les différents gouvernements républicains n’arrivent point à combattre (2). Le royalisme doit rester indépendant ou absolu – au sens premier du mot – de toutes ces contingences humaines : le royalisme est. Il faut vraiment le comprendre de la sorte pour ne pas tomber dans la vulgaire arène de la politique politicienne…

Notre pays traverse une crise sans précédent. Comment expliquez-vous que les royalistes n’arrivent pas à se faire entendre ?

Le royalisme politique est mort au XIXème siècle, malgré certaines tentatives honnêtes et louables pour lui redonner vie. Depuis la chute de Charles X et l’usurpation orléaniste qui privent Louis XIX et Henri V de la couronne, le royalisme – hormis une période plutôt courte aux alentours des années 1870 – n’a jamais été réellement en position de reprendre le pouvoir ou d’influencer véritablement les débats politiques. Nous pouvons le regretter et le déplorer mais cela ne modifie en rien la réalité politique : à ce jour le royalisme est considéré par la grande majorité de nos contemporains comme une utopie, une nostalgie, une bizarrerie mais certainement pas comme un système politique fort et pérenne capable par la puissance institutionnelle de maintenir l’intégrité de la France.

Indépendamment de la vision qu’ont les Français du royalisme, je me dois d’être clair et limpide : les royalistes ne sont nullement en mesure de prétendre à quoique ce soit sur le plan politique en ce qui concerne la conquête de l’Etat. Au-delà de leurs sempiternelles divisions de fond (doctrine) et de forme (actions), leurs moyens  humains et financiers les condamnent – espérons que cela soit temporaire – à ne jouer aucun rôle politique majeur.

Le royalisme est une idée qui s’incarne. Or, le Roi, les Princes sont absents du forum politique depuis bien trop d’années. Leurs inactions ou leurs mauvais choix – j’y reviendrai – contribuent à les rendre invisibles sur la scène politico-médiatique. Par exemple, lors des grandes crises du siècle dernier – Première et Deuxième Guerres mondiales, mai 68, pour n’en citer que trois – personne ou presque ne connaissait les positions des Princes français s’ils en défendaient réellement. Il semble difficile de nier cette évidence.

Si le premier d’entre les royalistes ne montre pas l’exemple, il paraît bien difficile aux royalistes du quotidien d’émerger. Chacun sait que Saint Louis et Louis XIV durent se battre dès leurs primes enfances pour défendre l’héritage qu’ils reçurent en raison de leur naissance. Paradoxalement, ces deux grands rois ne se contentèrent pas de tendre la main ou de dire « je prétends » : ils combattirent par eux-mêmes, ce qui fut tout à leur honneur.

Cependant, agir avec l’objectif d’agir ne peut être une solution efficiente. Il convient d’avoir une stratégie à court, moyen et long terme. Je prends un exemple concret : rejoindre ou plus exactement se faire prendre en photo au milieu des Gilets Jaunes ne pouvait que produire de mauvais résultats voire susciter de l’incompréhension. En effet, comme je l’explique dans mon étude (3) consacrée à cette mouvance, ses partisans ont exprimé des idées contraires à la pensée politique royale. De plus, à aucun moment, les revendications des Gilets Jaunes ne mirent l’accent sur une refonte totale du système politique : un ajustement fiscal et une dose de proportionnelle auraient presque suffit à leur bonheur. Ils sont restés prisonniers de l’esprit partisan et de l’hémiplégie républicaine. Par conséquent, l’essentiel était omis.

Je précise aussi que le gros des bataillons des Gilets Jaunes a voté depuis des années pour ceux-là même qui sont responsables de cette situation catastrophique, sans pour autant tirer les conséquences qui s’imposent. Avant de vouloir proposer des solutions politiques, encore faut-il poser un excellent diagnostic de la situation : chose dont se montrèrent incapables les membres actifs et les soutiens des Gilets Jaunes.

Les royalistes doivent constamment imposer leurs thématiques, créer l’événement et cesser d’être à la remorque de l’actualité voulue par d’autres. Ma proposition est simple : rompre avec cette détestable habitude de la réaction.

Que pensez-vous de l’Action française ?

L’Action française fut une grande école de pensée au siècle dernier qui comptait de brillants intellectuels comme Charles Maurras, Jacques Bainville, Léon Daudet, pour ne mentionner que les plus connus. Cependant, je n’adhère pas aux fondamentaux intellectuels de l’AF comme je l’ai dit et écrit de nombreuses fois. Je ne suis pas nationaliste, ni orléaniste. Le positivisme et le constructivisme maurrassiens sont, en définitive, très éloignés des idées que je professe. En promouvant l’orléanisme dynastique, Maurras et l’AF ont grandement contribué, quoi que ses militants en pensent, à affaiblir le royalisme.

Pour être encore plus précis, j’estime que l’Union Sacrée et le compromis nationaliste sont des erreurs doctrinales et stratégiques majeures (4). Erreurs qui aujourd’hui restent malheureusement d’actualité, car ils ne sont pas rares ceux qui prônent encore l’union des droites ou l’alliance de la droite hors les murs, malgré les résultats catastrophiques produits par ces initiatives. Toutefois, les critiques de la démocratie et du parlementarisme professées par la pensée maurrassienne méritent d’être lues et étudiées parce qu’elles sont tout simplement brillantes.

De nos jours, l’AF ne rayonne plus comme par le passé. Sur le plan politique, elle oscille maintenant entre un souverainisme – assez républicain – et un nationalisme – finalement dépassé – qui ne peuvent être des solutions efficaces face à la situation urgente dans laquelle nous nous trouvons. Même si elle conserve, malgré tout, une bonne réputation pour sa formation militante (camps d’été, actions de terrain), l’AF reste prisonnière d’un héritage qu’elle ne peut que difficilement abandonner ou dépasser. Effectivement, abandonner le maurrassisme reviendrait à la vider de sa substance, le dépasser serait vu comme une trahison pour beaucoup d’entre eux. Selon moi, ils se trompent et l’AF devrait opter pour cette seconde voie…

 

Louis de Bourbon ou Jean d’Orléans ?

Je ne pense pas qu’il convienne de réduire ou de résumer cette légitime question à une querelle de personnes. Comme disait à juste titre, le regretté comte de Chambord : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ». En partant de ce préalable, je considère que les questions les plus importantes sont non pas personnelles mais d’ordre doctrinal. Il faut poser l’interrogation de manière différente : qui défend ce que j’appelle le traditionnel politique français (5) ? Ou d’une autre manière, qui incarne ou promeut ce principe chèrement défendu par Chambord ?

J’en profite pour rappeler, à la suite d’éminents juristes, que les renonciations d’Utrecht sont invalides. Le principe d’indisponibilité définit que personne ne peut disposer de la Couronne selon ses propres volontés. De même, j’ajoute que le principe des nationalités relève du modernisme politique. Subséquemment, le vice de pérégrinité se présente comme un argument irrecevable. Il me paraît incohérent de se réfugier derrière cette démonstration, bien faible au regard de l’Histoire et de la doctrine, quand on prétend connaître les Lois Fondamentales du Royaume de France ou l’Histoire de notre pays. Ne savent-ils donc pas que Henri III devint roi de France après avoir été roi de Pologne et grand-duc de Lituanie ?

Quelles perspectives politiques pour le royalisme ?

A court terme, elles ne sont guère reluisantes pour les raisons exposées au cours de cet échange, bien qu’elles ne soient pas les seules. A moyen et long terme, nous pouvons compter sur des motifs de satisfactions et d’espérance. La République se décrédibilise quotidiennement. Les Français se détournent de plus en plus des partis politiques officiels. Le nombre de nos compatriotes (re)découvrant l’histoire de France et les aspects positifs de la royauté augmente régulièrement. Les émissions historiques connaissent des audiences inégalées. Les journées du patrimoine rencontrent toujours un succès jamais démenti. La recherche historique publie très régulièrement de remarquables travaux sur la royauté et l’histoire de notre pays avant 1789. Celui qui cherche vraiment la vérité finira toujours par la trouver.

Les royalistes doivent s’organiser au mieux, en fonction des nombreuses possibilités qui se présentent, pour accompagner les Français désirant sortir de la matrice républicaine et de l’odieux régime des partis. La contestation contre la République n’atteint pas encore les sommets espérés. Elle se présente même comme timide, mais ce mouvement de fond ne demande qu’à prendre de l’ampleur. La priorité reste, après la quête spirituelle, la formation doctrinale (philosophique, historique et politique) pour combattre les mensonges et les idées fausses qui pullulent sur la royauté en particulier et sur l’histoire de France en général. Le combat politique que nous menons est avant tout et surtout un combat pour la vérité, car « la vérité rend libre » comme l’enseignait Jésus.

 

Propos recueillis en octobre 2020

 

(1) Pourquoi être royaliste ?, Editions Orvilloise, juin 2016

 

(2) Panorama critique de la droite nationale, Editions Orvilloise, septembre 2016

 

(3) Gilets Jaunes, les raisons d’un échec dévoilées, Editions Orvilloise, août 2019

 

(4) Le compromis nationaliste ou l’erreur doctrinale et tactique de Charles Maurras, octobre 2010

 

(5) Le traditionalisme politique français repose sur l’alliance du trône et de l’autel (monarchisme et catholicisme)

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