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Louis XIV par Philip Mansel

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Philippe Mansel est un historien britannique spécialiste de la France, qui nous propose une biographie magistrale consacrée à Louis XIV, sous-titrée « Roi du monde ». Nous avons pris un très grand plaisir à lire et à étudier cet ouvrage qui fait d’ores et déjà autorité. La citation pour introduire l’étude pose parfaitement le cadre du sujet : « Vous êtes destiné pour commander à tout l’Univers », propos que Jean-Baptiste Tavernier adressa en 1676 à Louis XIV.

Avant de nous attaquer au texte, nous trouvons différentes cartes présentant Paris et ses environs, le royaume de France en 1715 et l’Europe après le Traité d’Utrecht : que de nostalgie en posant nos yeux sur cette dernière… Des plans du château de Versailles et des arbres généalogiques complètent cette entrée en matière qui offre une vision d’ensemble nécessaire pour comprendre ce très grand roi.

Dès les premières lignes, Mansel expose clairement son analyse : « Louis XIV fut à la fois roi de France et un souverain mondial aux ambitions planétaires. Il fonda des colonies en Amérique, en Afrique et aux Indes, tenta de s’emparer du Siam (le nom de la Thaïlande en son temps), envoya des missionnaires et des mathématiciens à l’Empereur de Chine et s’engagea dans une lutte pour la conquête française des marchés mondiaux qui se poursuit à ce jour ». Ce rappel des faits nous paraît salutaire, car beaucoup de professionnels et d’amateurs d’histoire réduisent Louis XIV à ses guerres, à Versailles et à ses nombreuses maîtresses. Il fut en réalité bien plus que cela, sinon plus personne ou presque ne se souviendrait encore de lui. Mansel établit ce constat : « Louis était un homme en quête de gloire, un roi attaché à l’élévation de sa dynastie et un chef porté à l’expansion de sa nation ».

L’auteur précise également que « cette biographie essaie de faire sortir Louis de Versailles (qui fut sa résidence principale moins de la moitié de son règne, et ne fut jamais la seule) et de le montrer tel qu’on le voyait depuis Lille, Besançon et Strasbourg, ainsi que depuis Londres, Madrid, Constantinople et Bangkok ». Il ajoute à raison que « ces points de vue multiples sont indispensables, car non content d’œuvrer à l’expansion de la France sur le Rhin, le Mississipi et le Mékong, Louis poursuivit d’autres objectifs hors de France ».

Nous ne pouvons que souligner la qualité de l’analyse déployée par Mansel, notamment quand il écrit : « L’édifice le plus célèbre de Louis, Versailles, ne fut pas seulement créé pour la France, mais pour le monde, afin d’attirer et d’impressionner les visiteurs étrangers et d’éclipser les autres palais, passés et présents. Cet édifice représentait son acte de candidature à un rayonnement mondial, ainsi qu’une combinaison très personnelle de résidence royale, de siège de gouvernement et de quartier général de ses armées, de galerie d’art, de festival de musique et de ballet et de vitrine des produits français ». Toutefois, nous ne le suivons pas quand il estime que « la plus grande erreur, commise en 1685, fut la révocation de l’édit de Nantes ». Il va de soi que l’application des résolutions prises par cet édit posa de sérieux problèmes éthiques et moraux. Cependant, sur le fond du sujet, c’est-à-dire d’un point de vue de politique et d’organisation de la société, nous voyons chaque jour en France depuis des décennies les maux provoqués par un gouvernement laissant sciemment se développer des états au sein de l’Etat.

Ceci étant dit, l’auteur explique parfaitement que « Louis XIV fut en mesure de jouer un rôle d’envergue mondial grâce à la puissance du royaume de France ». Royaume que, selon nous, le Roi-Soleil façonna années après années en étant aidé dans sa tâche tant par de brillants ministres et serviteurs de l’Etat que par l’héritage immense transmis par ses prédécesseurs. Dans sa très pertinente introduction, l’auteur dresse un tableau admirable du royaume de France en rappelant la genèse de notre longue histoire nationale et les différentes tribulations que nos ancêtres durent affronter durant des siècles. De nombreux professeurs d’histoire de l’Education Nationale devraient prendre le temps de partager ces pages sublimes à leurs élèves afin de leur montrer ce que fut réellement la royauté durant des siècles.

Loin de se contenter d’une analyse franco-française voire franco-européenne, somme toute assez classique et convenue, Mansel dans un chapitre intitulé « Un roi mondial : du Mississipi au Mékong » disserte sur les projets de Louis XIV pour le rayonnement de la France et du catholicisme aux quatre coins de la planète. Il n’a pas attendu La mondialisation heureuse pour entamer un dialogue et des échanges commerciaux ou intellectuels avec des royaumes situés à l’autre bout du monde ou de la Méditerranée. Nous lisons : « Fidèle à son ambition mondiale, Louis finança personnellement l’envoi de six jésuites français, professeurs de mathématiques au collège Louis-le-Grand à la cour de Chine – rivalisant ainsi avec les missionnaires portugais de la Vice-Province de Chine ». De même, en novembre 1698, un bateau français quitta La Rochelle pour la Chine : « Il emportait à son bord huit autres jésuites et un peintre de fresques italien, Giovanni Gherardini, qui décorerait des églises à Beijing et réaliserait des portraits pour la Cour ».

Nous pouvons écrire que Louis XIV fut réellement un visionnaire. Mansel écrit à ce sujet : « Un dialogue entre les deux cours s’était donc instauré, une monarchie s’adressant à l’autre par-delà une distance de 6000 kilomètres cent ans avant l’envoi de la première ambassade britannique vers la Chine, en 1793, qui se solderait par un échec ». Les échanges étaient probablement facilités par le fait que « les deux cours partageaient un goût de l’absolutisme, de la magnificence, de la chasse, de la littérature et de la science ». De fait, cette idée même d’absolutisme reste mal enseignée et comprise, car beaucoup l’identifient à la tyrannie, ce qui s’avère totalement faux d’un point de vue historique et intellectuel. Mansel rappelle qu’un sujet du royaume pouvait en toute légalité s’opposer au roi sans craindre la disgrâce, la prison ou l’exil…

Ainsi, le livre se découpe en deux parties : la première toute flamboyante avec la jeunesse du roi, sa prise de pouvoir, ses réussites sur le plan intérieur (notamment, la prouesse de mater la noblesse) et extérieur (les victoires militaires) ; la seconde plus sombre, avec le problème huguenot, les coalitions européennes, les défaites avant la victoire finale, l’affaire des Poisons, les deuils dans la famille royale…

Finalement, Mansel estime que les points positifs du règne du plus illustre des Bourbons sont le rayonnement de la France en Europe et dans le monde, la cour de France qui représente le modèle ultime du genre, le château de Versailles, qui se voit copié, et les solides institutions royales, qui ont largement démontré leur résistance dans les épreuves. Les descendants de Louis XIV règnent en France, en Espagne et dans les colonies de ces deux pays. Le revers de la médaille, selon l’auteur, serait qu’en 1715 le royaume est affaibli, endetté, et surtout que le sentiment anti-français s’est largement répandu en Europe, bien que la langue française reste la langue utilisée par les noblesses et les intellectuels des autres pays européens. Le Régent, pour s’assurer la… Régence, augmentera les pouvoirs des parlements et écrasera malheureusement l’héritage de Louis XIV. Sur le long terme, ce contre-pied gouvernemental provoquera les conséquences les plus funestes.

N’oublions toutefois pas au bilan global qu’un descendant de Louis XIV, Carlos III, grâce au Pacte de Famille, prendra Naples et la Sicile à l’Autriche. Mansel écrit qu’à « trois reprises, de 1742 à 1748, de 1761 à 1763 et de 1779 à 1783, les Bourbons français et espagnols lutteraient ensemble contre la Grande-Bretagne, comme ils l’avaient fait aux temps de Louis XIV. Deux des descendants de Louis XIV, Louis XVI et Carlos III, contribuèrent à la fondation des Etats-Unis ».

Il y a un autre point majeur sur lequel nous voulons insister : « Louis conserva aussi la plupart de ses conquêtes des terres convoitées entre la France et le Rhin : les trois provinces de Flandre française, de l’Alsace et de la Franche-Comté, comprenant les villes de Dunkerque, Lille, Strasbourg et Besançon ». Pour ce point précis, l’auteur précise sobrement : « En respectant traditions et pouvoirs locaux, en gouvernant d’une main légère, en effectuant de fréquentes visites et en construisant de nombreuses forteresses […], Louis se révéla plus apte à incorporer les conquêtes françaises et à défendre la France que ses successeurs républicains ou Napoléon. Il donna ainsi à la France à peu près ses contours actuels ». De même, certains l’oublient ou l’ignorent et Mansel le redit : « Il n’en demeure pas moins que l’actuel roi d’Espagne, Felipe VI, est un descendant de Louis XIV ».

Nous recommandons bien évidemment la lecture de ce livre écrit avec pédagogie et talent. Nous le savions déjà avant de le lire, et cette lecture confirme notre avis : Louis XIV fut un très grand roi. Certes, il commit des erreurs – qui n’en commet pas ? -, mais son action fut plus que bénéfique pour les intérêts français. Sa prospective politique, son sens du devoir, la force et la patience dans les épreuves ne peuvent que nous inspirer et mériter notre plus grand respect.

Mansel avec cette étude historique et nullement hagiographique, car il n’hésite pas à critiquer Louis XIV sur de nombreux points, retrace la vie de cet homme au long d’un récit passionnant et véritablement maîtrisé. Tout ou presque est étudié : ses politiques, sa famille, ses entreprises militaires, ses choix économiques, ses passions artistiques, ses courtisans, ses goûts, ses ambitions, ses hésitations, ses doutes, ses entêtements ainsi que ses échecs. Comme le dit l’auteur en guise de conclusion générale, et nous terminerons là-dessus : « Trois cents après sa mort, Versailles continue de servir la gloire de Louis XIV ».

 

 

 

Franck ABED

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Un commentaire

  1. Louis

    14 novembre 2020 à 9 h 29 min

    Il est plus simple de trouver un grand homme par hérédité que par démocratie évidemment. La question de la Régence est un point important dans l’affaiblissement du Pouvoir, lorsque l’on promeut la parité, on voit ce que cela donne après.

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