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Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale par Jean Lopez et Olivier Wieviorka

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Franck ABED GUERRE

Franck ABED GUERRES

 

Nous ne présentons plus Lopez et Wieviorka, spécialistes connus et reconnus de la Deuxième Guerre mondiale. Ce nouvel ouvrage revient comme son titre l’indique sur « les grandes erreurs » de cette dernière. Dans l’introduction, nous lisons avec intérêt que ce conflit « a offert – et offre encore – un fabuleux terrain d’expérimentation aux stratèges de salon ». Ils ajoutent non sans rire ce qui suit : « Fort du recul que procurent les ans, ceux-ci aiment à rejouer la stratégie appliquée pendant le conflit, pointer les erreurs commises et proposer des scénarios alternatifs. Dans sa version la plus sommaire, cette approche ne dépasse pas la discussion de comptoir ».

Ils avouent sans peine que « l’ouvrage que nous proposons, pourtant, ne vise pas à marcher sur ces brisées. Il n’entend pas céder aux vertiges de la science-fiction, en explorant les voies de ce qui aurait pu devenir ou advenir. Il a l’ambition, plus prosaïquement, de réfléchir sur quelques erreurs commises pendant un terrible conflit qui s’est éternisé six années durant ». Néanmoins, ils précisent que « le terme erreur peut prêter à confusion ». Effet, il peut laisser entendre « que les acteurs dont nous scrutons les faits et gestes se seraient inscrits dans le registre du faux et de l’erroné, de l’inexact, ce qui reviendrait in fine à porter un jugement moral sur les événements que nous retraçons. Tel n’est pas notre objectif. Nous avons préféré considérer les erreurs comme des actions regrettables, dont le résultat a déçu les attentes de leurs initiateurs ».

De fait, l’objectif des contributeurs n’est pas de distribuer des mauvaises ou des bonnes notes, mais de comprendre comment des décisions furent prises dans le contexte, en se basant sur les seules informations dont chacun disposait au moment des faits. Les auteurs insistent sur un point de méthode essentiel : ne pas reconstruire l’histoire. Ils préfèrent adopter une démarche pédagogique pour comprendre et retracer des actions qui n’eurent pas les résultats attendus. Les mauvais choix que nous pouvons constater avec le recul des années relèvent très souvent d’un manque d’informations et reposent sur un double phénomène : sous-estimation des forces de l’adversaire, surestimation de ses propres forces.

Nous découvrons et suivons les conséquences de ces ratés sur le plan tactique et stratégique. Par exemple, ils notent que « Staline avait été alerté de l’imminence de Barbarossa ; il refusa cependant de voir une réalité qui ne correspondait pas à sa vision du monde. Les Japonais attaquèrent la Chine parce qu’ils méprisaient l’empire du Milieu et sous-estimaient sinon sa puissance, du moins sa capacité de résistance. L’alliance que Hitler maintint, contre vents et marées, avec Rome découlait non des avantages, fort limités, que l’Italie pouvait lui offrir, mais d’une approche sentimentale, dans laquelle la rationalité tenait au fond peu de place ». Hitler a maintenu, en dépit du bon sens, cette alliance qui lui coûta plus qu’elle ne lui rapporta.

Plusieurs événements sont analysés avec talent et pédagogie. Nous en citons quelques-uns : l’Apaisement, l’intervention italienne en Grèce, Dieppe le nadir des armées britanniques, le bombardement de Monte Cassino, Market Garden, etc. Un autre élément explique aussi les erreurs commises : le manque de moyens en hommes et en matériel. Les Allemands auraient dû tenter de prendre Malte, mais pour les raisons évoquées en amont, ils préférèrent déployer leurs armées sur d’autres théâtres d’opération. La psychologie, le carriérisme et l’opportunisme participent également à ces mauvaises prises de décision. Quand certains se pensent forcément les meilleurs, quand d’autres n’écoutent pas les rapports du terrain et planifient une action militaire – sans prendre en compte toutes les informations préalables – pour espérer en tirer des gratifications, les faillites militaires éclatent à la vue de tous.

Les chapitres sont courts et bien construits. Ils donnent tous envie de creuser les sujets évoqués. D’une manière générale, il faut toujours rester rationnel en étudiant l’histoire. Les vingt historiens réussissent cet exercice. Effectivement, ils ne cèdent jamais aux sirènes de l’uchronie pour nous offrir un panorama critique d’actes manqués qui auraient pu changer le cours de cette terrible guerre…

 

Franck ABED

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