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Entretien consacré à l’Histoire

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Franck ABED ROI

Les questions ont été posées par les internautes.

Franck Abed qui êtes-vous, d’où venez-vous et comment êtes-vous devenu un féru d’Histoire ?  

Je suis catholique romain, Parisien, Francilien et donc Français. J’apprécie beaucoup l’Histoire depuis ma plus tendre enfance. Dès que j’ai su lire, mon père a eu l’excellente idée de m’offrir des livres. Initialement, il choisissait les thèmes, les livres, les auteurs mais, rapidement, j’ai rencontré et découvert mes préférences. A l’école, j’ai toujours été fortement intéressé par cette discipline. Je dois reconnaître que de l’école primaire au lycée, sans oublier le collège, les enseignants en histoire-géographie – dans l’ensemble – montrèrent un grand professionnalisme auquel s’ajoutait une réelle pédagogie. Ces professeurs ont confirmé cette soif d’apprendre que mon père m’avait très tôt inculquée.

Nonobstant les années qui passent, mon attrait pour l’Histoire ne diminue pas, bien au connaître. J’aime connaître et comprendre les batailles, les révolutions, les changements de régime, les évolutions tactiques dans le domaine militaire, les bouleversements  économiques, les progrès culturels, architecturaux et artistiques, les rapports entre les dominants et les dominés, entre l’Eglise et l’Etat, entre la France et ses voisins, etc.

Dans un monde soumis au mondialisme sauvage, à la destruction des valeurs, au mépris des règles et de la hiérarchie, ébranlé par la perte de sens et la désacralisation, il demeure fondamental de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on veut aller. L’Histoire, à condition de la recevoir sans a priori et sans préjugé, répond à cette question, tout comme elle donne de sérieuses réponses à la question essentielle de l’identité.

Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à partager ce que vous avez appris ?  

Il y a maintenant quelques années, j’ai enseigné l’Histoire en école privée. Lors du premier cours, comme pour inaugurer certaines de mes conférences, je commençais en disant : « L’Histoire nous apprend une seule leçon : les leçons de l’histoire ne sont jamais retenues ». Il existe plusieurs variantes de cette citation, mais les lecteurs comprendront aisément mon propos.

Rares sont ceux qui apprennent l’Histoire correctement et qui parviennent à en tirer de véritables enseignements. En son temps, finalement pas si éloigné que cela du nôtre, Jacques Bainville déplorait déjà le manque de profondeur intellectuel qui semblait régner à son époque : «  Qui lit ? Qui comprend ce qu’il lit ? Et qui croit ce qu’il a compris ? ».

J’aime lire – notamment des livres historiques, politiques, philosophiques, religieux – car l’activité littéraire se montre essentielle pour l’épanouissement mental et moral de l’être humain. Etudier le passé permet de saisir les raisons pour lesquelles nous en sommes là, dans le temps présent. Le passé délivre de sérieux avertissements, encore faut-il prendre la peine de s’y pencher sérieusement en évitant le péché de l’anachronisme.

De plus, à l’heure de la culture « dite de l’effacement », de la promotion de la haine anti-blanche, anti-chrétienne, anti-européenne, il demeure important de connaître nos racines pour défendre notre histoire face aux mensonges éhontés véhiculés par des officines très dangereuses. Transmettre notre mémoire aux jeunes générations s’avère vitale. Il n’est pas question, pour moi, de défendre une vision idyllique de l’Histoire de France ou de l’Histoire Européenne en pérorant que tout fut parfait. Par contre, énoncer que les Temps Féodaux représentent une période sombre et obscurantiste ou que les Français se sont libérés des chaînes de la tyrannie en 1789 revient à affirmer des idées fausses. En effet, la réalité historique dément cette vision mensongère. Cependant, entre l’adoration du passé et la détestation médisante de celui-ci, il convient de garder une ligne droite et claire sans jamais succomber à l’une ou l’autre forme d’extrémisme idéologique.

Toutefois, je reconnais bien volontiers qu’entendre en permanence depuis des années que nos ancêtres étaient tous des racistes, des collaborateurs, des esclavagistes, etc, reste synonyme d’insultes et de forfaitures contre lesquelles nous ne pouvons rester silencieux pour au moins trois raisons : l’honneur, la vérité historique, le respect que nous devons à nos Anciens.

D’une manière générale, comment voulez-vous que les Français, notamment les plus jeunes, ne traversent pas une crise existentielle vu que certains passent leur temps à insulter notre Histoire et à jeter de l’huile sur le feu avec les déboulonnages de statues et autres changements de noms de rues et d’écoles ? De même, le seul projet de vie que nous proposent les dominants est le suivant : travailler, s’endetter pour consommer des produits bien souvent inutiles et de mauvaise qualité et s’abrutir avec la télévision. Je ne suis nullement surpris de savoir que la France est l’un des pays au monde où l’on consomme le plus d’antidépresseurs. L’étude historique est donc, tout à la fois, un refuge, un havre de paix, une école et un hymne à la vie…

A mon modeste niveau, je transmets des connaissances par des ouvrages, des articles ou des vidéos. Je délivre des conseils de lecture, apporte des éclairages historiques dans le but de donner envie aux gens de lire, afin qu’ils transmettent à leur tour. Ainsi, nous perpétuons un cercle vertueux. Les livres nous permettent de découvrir et de diffuser le Beau, le Vrai, le Bien.

Quel est votre personnage historique préféré et pourquoi ?  

Mon panthéon personnel est constitué de plus d’un personnage historique, tant l’Histoire de France et de l’Europe regorge de femmes et d’hommes exceptionnels. Choisir revient à écarter. Cependant, pour l’intérêt de l’entretien, je citerai Auguste, Louis XIV et Napoléon. Ils m’accompagnent depuis si longtemps. J’ajoute à ce trio Philippe II d’Espagne, roi méconnu et souvent injustement décrié alors qu’il fut vraiment un très grand roi.

Ces quatre rois et empereurs incarnent, selon moi, de véritables figures héroïques, des modèles et des sources d’inspiration. Ils montrèrent une force de caractère hors norme, surent se relever des pires épreuves et affronter les plus grandes adversités avec un courage tangible. Ils œuvrèrent avec un réel génie. Cela ne relève pas du hasard si les historiens parlent encore de siècle d’Auguste, de siècle de Louis XIV ou de l’âge d’or espagnol avec Philippe II, tant ces chefs d’Etat marquèrent leurs contemporains et les générations suivantes par leurs mémorables actions.

Quant à Napoléon, ces deux citations rappellent vraiment qu’il fut un homme incomparable et extraordinaire comme nous n’en verrons plus avant des décennies :

« Un seul homme était en vie alors en Europe ; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. » Alfred de Musset

« Le plus puissant souffle de vie qui jamais anima l’argile humaine. » Chateaubriand

Que pensez-vous de l’état actuel de la France ?  

J’aime profondément mon pays, mais mon amour ne me rend nullement aveugle. Ma lucidité intellectuelle fait que je déplore l’état dramatique dans lequel la France se trouve. Nous vivons une situation explosive qui paradoxalement peut encore durer des années, tant les Français acceptent passivement le sort qui leur est réservé. Effectivement, en 2019 par exemple, si on avait dit qu’on confinerait tout un pays, personne n’y aurait cru. Si on avait ajouté qu’il conviendrait de porter une muselière sur la bouche pour sortir de chez soi, certains auraient même crié au complot ou au délire. N’oublions pas non plus que durant les confinements pour se promener, aller au travail ou faire ses courses, nous devions nous auto-attester en signant une décharge pour nous-mêmes. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de tout ce que cela implique sur le plan mental et psychologique pour nos contemporains qui n’en demandaient pas tant.

En ce qui concerne celles et ceux qui se battent pour renverser ce système inique, ils sont très divisés et minoritaires pour représenter une quelconque menace. Je ne suis guère heureux de ce constat, mais l’analyse factuelle à laquelle je reste fondamentalement  attaché me conduit à produire un discours de vérité. Il faut toujours considérer les faits avec intérêt et ne jamais calquer ses croyances politiques personnelles sur la réalité.  Agir ainsi conduit forcément à se tromper. La réalité que nous vivons quotidiennement indique très clairement que les Français subissent docilement – hormis quelques soubresauts -  les diktats de leurs tyrans. Par conséquent, le changement politique tant souhaité ne sera pas pour demain.

De même, à la crise politique, économique, migratoire et morale, s’ajoute une crise spirituelle d’une rare intensité. Nous sommes vraiment très peu à nous rendre compte des conséquences incalculables et mortifères qu’elle produit. Le salut de la France ne viendra pas de gens haineux, excessifs ou dilettantes, mais de Français sans peur et sans reproche ayant compris les moralités du passé pour les appliquer aujourd’hui et demain. Notre Histoire nous enseigne qu’à chaque fois que notre pays fut menacé de destruction ou de disparition, des femmes et des hommes se levèrent pour le sauver. Gardons espoir, force et lucidité !

Quel est votre avis sur le concept de décroissance qui s’inspire beaucoup des leçons et des méthodes du passé (en terme d’agriculture, par exemple) ?  

Le terme de décroissance ne me paraît pas le plus adéquat. Il me semble même contreproductif sans mauvais jeu de mots. Effectivement, le terme de décroissance renvoie à une connotation souvent perçue comme négative dans les milieux intellectuels et le grand public. D’autres appellations – pas forcément plus pertinentes mais peu importe en réalité – sont maintenant utilisées comme labondance frugale ou la sobriété heureuse, respectivement employées par Lathouche et Rabhi.

Néanmoins, au-delà de la sémantique et du sens de la formule, la décroissance recouvre des notions souvent intéressantes mais mises en avant par des groupes politiques ou des personnalités avec lesquels j’ai peu d’affinités philosophiques et intellectuelles. L’un des vrais problèmes de nos sociétés démocratiques et libérales-libertaires est le suivant : elles réduisent l’Homme à la seule dimension économique, à une variable d’ajustement qu’on peut aisément supprimer selon le bon plaisir des uns et autres car chacun estime en son for intérieur pouvoir appliquer sa Liberté comme il l’entend (avortement, euthanasie, licenciements abusifs mais autorisés malgré des bénéfices conséquents et des résultats boursiers très satisfaisants).

En tant que catholique, je rappelle simplement que la Bible mentionne bien le respect dû à la Création divine. De fait, nous ne devons pas adorer la nature ou même considérer qu’elle a une âme. Nous devons respecter l’environnement que le Seigneur a prévu pour nous. Lorsque les Hébreux vivaient dans le désert et qu’ils vinrent à manquer de presque tout, Dieu donna la manne. Le texte biblique insiste clairement et sans aucune équivoque sur le fait que chacun devait seulement prendre ce dont il avait besoin.

Je précise que la Bible n’interdit pas la fête et les plaisirs. Jésus Lui-même aimait boire et manger au point de choquer certains redresseurs de torts qui l’ont décrit avec des mots peu élogieux : « Le Fils de lhomme est venu, il mange, il boit, et vous dites : Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs dimpôts et des pécheurs » (Evangile selon Luc 7, 33-34). A part quelques banquets qui étaient de rares exceptions, Jésus mangeait chaque jour de manière frugale et marchait constamment. Sans ironie aucune et pour utiliser une terminologie à la mode, son empreinte carbone devait être bien faible. Trêve de plaisanterie ! J’écris avec conviction que la vie même du Christ exprime une authentique et saine radicalité contre la société moderne. En conséquence, elle produit pareillement un édifiant témoignage contre le gaspillage et l’avalanche de plaisirs futiles, sans jamais oublier l’essentiel : Dieu, la Rédemption, l’Amour du prochain et la Charité.

Au niveau des cultures agricoles ou du rythme de travail, la Bible enseigne également la juste mesure. Il suffit de relire le Lévitique pour le constater. L’Ecriture montre qu’à l’instar du Créateur, le peuple doit travailler pendant six jours et se reposer lors du septième qui doit être considéré comme un jour sacré. Le texte étend, aussi curieux que cela puisse paraître aux yeux de certains, la recommandation du repos aux animaux. Ces derniers qui labouraient les terres ou qui servaient pour le transport méritaient également une pause lors du sabbat. Le rédacteur du Lévitique dit que les non Hébreux au service des Hébreux devaient aussi se reposer le septième jour. La septième année était aussi considérée comme une année sabbatique.

Lors du Jour de souvenir, Dieu dit à Moïse : « Et quand vous ferez la moisson de votre terre, tu n’achèveras pas de moissonner les coins de ton champ, et tu ne glaneras pas le reste de ta moisson. Tu les laisseras pour le pauvre et pour l’étranger. Je suis l’Eternel votre Dieu ». La Bible fournit de judicieuses réponses pour l’organisation de la société ainsi que pour le soutien moral et matériel à apporter aux plus faibles d’entre nous. Dans le même ordre d’idée comment passer sous silence le Jubilé ? La cinquantième année était une année de libération générale pour les terres aliénées ou gagées. Elles devaient être rendues, les dettes remises et les esclaves libérés dans un souci de Bien commun, de paix et de justice au sein de la Communauté du peuple de Dieu.

En définitive, j’espère que tout le monde comprendra que nous n’avons nul besoin d’inventer des théories qui se veulent toujours nouvelles ou de recourir aux idéologies communistes et égalitaristes pour répondre aux défis majeurs de notre époque. Pourquoi ? Car tout est déjà écrit dans la Sainte Ecriture qui raconte l’Histoire du peuple de Dieu. L’Histoire toujours l’Histoire…

Propos recueillis le 8 juillet 2021

Franck ABED

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